21e session de l’Instance permanente sur les questions autochtones 2022 – Laurie FARTARIA

Laurie FARTARIA, Doctorante Chaire d’excellence CNRS Normandie pour la paix (dir. E. Gaillard) et membre du CUREJ (dir. S. Pessina)

pour citer cet article : L. Fartaria, « Compte-rendu de la 21ème session de l’Instance permanente sur les questions autochtones, UN Headquarters, New York City, 2022 », 25-29 avril, Chaire d’excellence Normandie pour la paix.

Résumé : La 21e session de l’Instance permanente sur les questions autochtones s’est ouverte lundi 25 avril au siège des Nations Unies à New York City. Le thème principal était « Les peuples autochtones, le commerce, l’autonomie et les principes des droits humains en matière de diligence requise, y compris le consentement préalable, libre et éclairé ». Au cours de ces deux semaines, les membres permanents de l’Instance, les représentants d’Etat et les organisations de peuples autochtones ont été amenés à échanger leurs préoccupations, leurs actions et leurs revendications. Différents points étaient inscrits à l’ordre du jour et ont pu être adressés et débattus durant les séances organisées. Ainsi, la revitalisation des langues autochtones, le consentement préalable, libre et éclairé et les différentes situations de discrimination et de conflits ont rythmés ces deux semaines de réunion.


Un contexte juridique international favorable aux peuples autochtones. La place et l’importance des peuples autochtones ont pris une ampleur considérable ces dernières décennies, en atteste la mise en place par les Nations Unies d’un forum destiné aux peuples autochtones : l’Instance permanente sur les questions autochtones, établie par résolution en l’an 2000. Il s’agit d’un organe consultatif du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), qui est l’organe principal de l’Organisation et est chargé de la coordination des travaux des différents organes des Nations Unies.

2. Le rôle et les missions de l’Instance permanente. Elle a pour objectif de traiter les questions autochtones relatives au développement économique et social, à la culture, à l’environnement, à l’éducation, à la santé et aux droits humains. L’Instance permanence s’inscrit dans un trio d’entités des Nations Unies consacrées aux peuples autochtones aux côtés du rapport spécial et du Mécanisme d’experts. Ainsi, elle fournit des avis et des recommandations au Conseil économique et social. Elle permet de promouvoir la participation des peuples autochtones dans le système international. C’est en 2002 que s’est tenue la première session de cette Instance. L’Organisation des Nations Unies a notamment adopté en 2007 une Déclaration sur les Droits des peuples autochtones (DNUDPA), qui reconnaît le droit à l’autodétermination des peuples autochtones.

3. L’assemblée annuelle, une thématique. L’Instance permanente se réunit au siège des Nations Unies à New York pour une dizaine de jours chaque année ; elle rassemble les membres permanents en son sein, un grand nombre d’organisations de peuples autochtones, les représentants d’Etat et les représentants d’autres entités des Nations Unies. Chaque réunion de l’Instance se focalise sur un thème particulier établi par consensus et au préalable entre les membres permanents.

4. L’Instance annuelle 2022 : devoirs de diligence et consentement des peuples autochtones. Pour l’année 2022, la réunion s’est tenue du 25 avril au 6 mai et le thème choisi était « Les peuples autochtones, le commerce, l’autonomie et les principes des droits humains en matière de diligence requise, y compris le consentement préalable, libre et éclairé ». Plusieurs points étaient ensuite détaillés (toutes ces informations sur l’ordre du jour de la session sont disponibles sur le site internet de l’instance permanente). Aux côtés de Madame Leslie Cloud, responsable de la ligne des peuples autochtones de la Chaire Normandie pour la paix, nous avons eu l’honneur que d’assister à la première semaine de cette rencontre dans le cadre de la ligne Peuples autochtones de la Chaire Normandie pour la paix.

5. Remarques préliminaires. Il faut mentionner le fait qu’étant toujours en pleine pandémie covid-19, l’accès à cette réunion était plus limité que d’habitude. Également, il s’agissait du retour de l’Instance en présentiel puisque ces deux dernières années, elle s’était déroulée en distanciel. Tout du moins, cette réunion était hybride : certaines organisations/ Etats intervenaient par vidéo. Il est également intéressant de souligner que, comme dans toute conférence internationale, les échanges et les discours se déroulant dans l’assemblée de ce forum sont, en partie, marqués par l’actualité et les évènements autour du monde.

L’organisation des journées était répartie en deux sessions : une, le matin et une autre, l’après-midi ; chacune abordant différents points et ayant différentes listes d’orateurs.

Photo n°1 : Salle plénière de l’Assemblée générale, siège des Nations Unies à New York (source : iPhone 11)

6. Ouverture de la séance. La 21e session a été solennellement déclarée ouverte lors de la cérémonie d’ouverture, le 25 avril, dans la salle emblématique de l’Assemblée générale des Nations Unies. Après qu’un représentant autochtone ait solennellement marqué le début de la séance en faisant résonner une conque, Katsenhaienton Lazare Kanien’kehá:ka (Mohawk), du clan des ours, a réalisé la cérémonie traditionnelle de bienvenue sur leur territoire ancestral. L’élection du Bureau a ensuite eu lieu : Monsieur Dario José Mejía Montalvo (membre permanent de l’Instance) a été élu Président de la 21e session et était donc chargé de diriger chaque session. Différents discours ont ensuite été tenus par différents membres, comme par exemple Monsieur Collen Vixen Kelapile, Président du Conseil économique et social. L’agenda et le programme de travail ont également été adoptés, bien que cela – tout comme l’élection du Président de la réunion – ait été discuté en amont, il s’agit donc plutôt des conclusions et de l’officialisation de ces discussions.

7. Discours du Président de séance. Le Président de séance M. Mejia Montalvo a pris la parole, expliquant l’importance du thème de cette année, en rappelant le rôle essentiel des peuples autochtones et de leurs liens avec la Nature et le Monde. Le Président de la réunion a également mentionné différentes résolutions que l’Instance permanente aimerait faire adopter par les Nations Unies, comme celle consacrée aux situations des femmes et des enfants autochtones. Il a notamment conclu en indiquant que pour protéger l’environnement, il était nécessaire d’agir sur tous les pans de la société et surtout avec la collaboration active des peuples autochtones. D’autres discours ont été donnés après celui-ci et la séance a été officiellement close.

Photo n°2 : Symbole des Nations Unies de la salle plénière (source : iPhone 11)

8. Organisation des sessions. Tout au long des dix jours, les différents points établis par l’Instance ont été étudiés en séance. Il faut noter que pour chaque point des études ont été préalablement menées par les membres permanents et étaient donc présentés en début de séance. De cette façon, une liste d’intervenants était établie en amont et lors de la session, le Président donnait la parole à tour de rôle aux intervenants, chacun ayant un temps de parole de 3 minutes, exceptés pour les membres permanents. Voici les différents thèmes abordés (dans l’ordre d’étude) et ce qui a pu ressortir des différents discours et discussions :

– point 5 (f) : Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032)

Deux documents étaient joints à ce thème : une note du Secrétariat sur le plan d’action mondiale pour les langues autochtones et une étude sur les langues autochtones dans les systèmes éducatifs d’Amérique latine, d’Afrique australe et d’Eurasie menée par deux membres permanents.

Les langues autochtones sont un sujet primordial pour les peuples autochtones. En effet, ces dernières définissent / conditionnent leurs identités et leurs cultures (cf. articles 11 et 13 DNUDPA). Elles sont notamment essentielles à la transmission de leurs savoirs traditionnels aux générations futures.

Durant cette session, différents Etats affirment avoir adopté des lois en faveur des langues autochtones (comme le Canada ou la Chine) ou reconnaître officiellement un grand nombre de langues (comme le Venezuela). Différentes organisations autochtones dénoncent pour autant les Etats dans lesquels elles vivent – les accusant de discriminations, de racisme, de grandes violences physiques et/ou de massacres – et cela, en raison de leurs différences de langages ou encore de traditions (cf. article 2 DNUDPA). Ces peuples attestent d’une grande souffrance et de nombreuses persécutions (comme les peuples de Turtle Island au Canada, les Native Americans du Nebraska et bien d’autres à travers le monde).

L’objectif principal est donc de revitaliser les langues autochtones à travers le monde, conformément aux articles 11(1) et 13(1) DNUDPA. En effet, les préserver revient à protéger les orateurs et oratrices. Pour cela, des moyens doivent être mis en place et être développés, autant humainement, matériellement que financièrement (à l’instar de la Nouvelle-Zélande qui consacre un fonds spécifique à la sauvegarde des langues autochtones). Différentes idées et recommandations ont été données par les orateurs et oratrices, comme : l’enseignement et l’éducation des langues autochtones dans les écoles, l’élaboration de manuels scolaires à cet effet, l’inclusion de ces langues dans les services administratifs et les services publics, la création de centres linguistiques ou encore d’une plateforme collaborative en ligne.

Les organisations demandent à ce qu’une impulsion soit créée au niveau international – y compris au niveau des Nations Unies –, afin d’inciter les Etats à adopter des mesures concrètes, pratiques et adaptées sur les territoires et avec le consentement des peuples autochtones.

L’ambition est de réinvestir la société des langues autochtones dans la perspective de 10 ans, d’où le mise en place de la Décennie internationale des peuples autochtones 2022-2032.

– point 3 : Peuples autochtones, entreprises, autonomie et principes des droits humains relatifs au devoir de précaution, notamment le consentement libre, préalable et éclairé

Trois documents étaient fournis en amont : l’étude principale, une étude sur les peuples autochtones et les conflits liés aux ressources naturelles au Sahel dans le bassin du Congo présentée par deux membres permanents et une autre étude sur les droits des peuples autochtones dans le contexte de l’approvisionnement énergétique mondial menée par un membre permanent.

L’une des phrases, lourde de sens, et à plusieurs reprises répétée énonçait : « Nous [les peuples autochtones] ne sommes pas des bénéficiaires mais des partenaires ». A travers cela, les peuples autochtones souhaitent marquer le fait que les entreprises, et les Etats, doivent collaborer avec eux, et non pas seulement les considérer comme des personnes qu’il faut aider.

Plus précisément quant à ce point 3, il ressort des différents discours des organisations autochtones que la problématique du consentement est bien souvent liée aux droits aux terres, territoires et ressources naturelles des peuples autochtones (et donc les controverses quant à la propriété, à l’expropriation et aux méga-projets) (cf. articles 10 et 26 DNUDPA). En effet, divers exemples ont été mentionnés comme des cas d’accaparement de terres, des projets d’éoliennes (notamment dans les pays nordiques européens) ou encore de conflits et de contradictions entre la mise en place de zones protégées et les juridicités et activités des peuples autochtones.

Ces nombreux projets ne prennent pas en compte la territorialité autochtone et leur façon de vivre sur leurs territoires, poussant les organisations autochtones à affirmer que le « virage vert » devient un « colonialisme vert » (cf. article 32 DNUDPA). En effet, les représentants autochtones dénoncent leur absence de prise en compte, de manière systématique et en accord avec les standards internationaux du droit au consentement préalable, libre et éclairé. Les énergies produites grâce à ces nouvelles infrastructures ne bénéficient pas aux peuples autochtones, d’autant plus que, du fait de ces projets, leur accès aux ressources (dont ils ont besoin) est modifié, voire supprimé. S’ajoute à cela la criminalisation et les fortes menaces que subissent les opposants (autochtones ou non-autochtones) à ces projets.

En réponse aux accusations affligeantes des représentants autochtones sur les pratiques étatiques en matière de consentement, soucieux de leur image, les Etats présents à l’Assemblée ont affirmé que les situations s’améliorent et prennent de plus en plus en compte et en considération les peuples autochtones et leurs volontés.

Les revendications formulées par les peuples autochtones exigent que les entreprises, et de fait les Etats, prennent concrètement et réellement en compte les peuples autochtones et leur participation dans les projets les affectant. Ils demandent également que des compensations soient versées pour toutes les violations de leurs droits et de leurs territoires engendrées par ces projets d’infrastructure ou d’exploration et d’exploitation des ressources naturelles. Selon eux, ces questions devraient être une priorité pour les Etats, surtout qu’il s’agit d’appliquer et de respecter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007) (cf. article 38). Les organisations autochtones proposent également d’adopter un instrument juridique contraignant pour les entreprises transnationales mentionnant spécifiquement le respect des droits collectifs des peuples autochtones. Cet outil serait également une base afin d’établir un suivi des progrès menés par les entreprises et les Etats. Plusieurs Etats s’y montrent favorables, ce qui réjouit l’Instance permanente.

– point 5 (d) : Dialogue consacré aux droits humains avec le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones et le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones

Pour cette séance-ci, la Présidente du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, Professeure Megan Davis, le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, Monsieur Francisco Cali Tzay et le Rapporteur spécial sur les substances toxiques et les droits de l’homme, Docteur Marcos Orellana, étaient présents. Ainsi, chacun a eu l’opportunité de présenter les avancées de leurs travaux, qui ont reçu un accueil chaleureux parmi l’assemblée. Cette session était donc plus orientée sur la discussion entre les différents participants et participantes, ces derniers pouvant directement poser des questions aux membres permanents qui eux-mêmes pouvaient répondre en temps réel.

La présentation faite par Docteur Orellana, Rapporteur spécial sur les substances toxiques et les droits de l’homme, a été chaleureusement applaudie. Il s’agit d’un pré-rapport avant la publication finale de ce travail aux allures colossales. Ce dernier a notamment étudié l’impact des substances toxiques sur les peuples autochtones, expliquant que les territoires autochtones sont loin d’être épargnés. Docteur Orellana a aussi déclaré que « personne n’a le droit de nuire à quelqu’un dans l’intérêt de son revenu ». Ainsi, il suggère que les entreprises intègrent le lien reconnu entre les substances toxiques et les droits de l’homme, notamment ceux des peuples autochtones. En effet, les entreprises et leurs mégaprojets (tels que les projets d’éolienne sur les territoires Saami ou encore le projet de télescope géant au sommet du Mauna Kea à Hawaii) constituent de véritables entraves aux modes de vie des peuples autochtones, particulièrement concernant leurs présences et les nuisances apportées.

Lors de cette réunion, le Chili a reconnu sa dette historique envers les peuples autochtones et a affirmé prendre des dispositions et des mesures en leurs faveurs. Cela fait écho au processus constitutionnel inédit qui se déroule actuellement dans cet Etat, où les questions environnementales, sociales et autochtones (entre-autres) sont au cœur des priorités. Le Canada a également reconnu les souffrances endurées par les peuples autochtones, il fait par exemple référence à la doctrine de la découverte, affirmant être à la poursuite de la vérité. Pourtant, l’État canadien reste une cible récurrente des critiques des peuples autochtones.

Certaines organisations ont mis en lumière l’effet néfaste des substances toxiques (tels que les pesticides) sur l’eau qui constituent pour certains peuples l’essence de vie, notamment à Hawaii. Un exemple a aussi été donné par des peuples guatémaltèques où de pressions sur l’eau se font ressentir.

Quelques tensions ont pu être ressenties quant au principe de transparence et la présence de certaines organisations qui ne seraient pas de représentatives et n’auraient pour seul objectif de saper le travail mené au sein de l’Assemblée, ainsi que concernant les « fausses accusations » envers certains états (comme a pu l’affirmer le Vietnam).

– point 6 : Travaux futurs de l’Instance permanente, notamment sur les questions intéressants le Conseil économique et social et sur les nouveaux problèmes

Au cours de cette séance, les organisations et les Etats ont pu se prononcer sur leurs visions des travaux de l’Instance, sur leurs réflexions et sur leurs propositions.

Plusieurs organisations autochtones ont ainsi affirmé que toutes les questions concernent les peuples autochtones et les communautés locales. De cette façon, leurs participations devraient être acquises dans toutes les discussions et prises de décision.

Une organisation ukrainienne a pris la parole via visio-conférence. Elle a fait état de la guerre opposant la Russie et l’Ukraine et a expliqué que cela a débuté du fait du non-respect des droits des peuples autochtones. De cette façon, cette organisation a demandé la création d’un mandat spécial pour étudier la situation des peuples autochtones dans les conflits entre Etats.

Un autre point invoqué par les peuples autochtones concerne l’inégalité numérique. Une organisation russe a expliqué la difficulté d’accès à internet et aux nouvelles technologies du fait de leur isolement en tant que peuples nomades et semi-nomades.

Plusieurs organisations de peuples autochtones ont quant à elles mis en lumière les actions de différents gouvernements pouvant violer le droit à l’auto-détermination des peuples autochtones (cf. articles 3 et 4 DNUDPA) et pouvant délégitimer les autorités traditionnelles locales (cf. articles 5, 18, 33(2) et 34 DNUDPA).

Toutes les remarques et requêtes des parties ont été accueillies par l’Instance afin de s’appuyer dessus pour leurs travaux et les prochains thèmes qui seront évoqués et étudiés au sein des Nations Unies.

– point 4 : Débat sur les six domaines d’action de l’Instance permanente (développement économique et social, culture, environnement, éducation, santé et droits humains) en relation avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, le document final de la Conférence mondiale sur les peuples autochtones et le Programme de développement durable à l’horizon 2030

Deux documents étaient préalablement fournis pour cette séance : un rapport sur la propriété intellectuelle collective et l’appropriation des idées et des créations des peuples autochtones par deux membres permanents et un résumé du rapport sur la violence contre les femmes et les filles autochtones mené par la Rapporteuse spéciale sur cette thématique.

Un discours a également été tenu par la Présidente du Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les peuples autochtones.

Lors de cette session, différents points ont été soulignés par les orateurs et oratrices. Ainsi, l’importance des peuples autochtones pour la biodiversité et l’alimentation a été mise en lumière, insistant de ce fait sur leur rôle quant à leurs préservations.

L’attention a également été portée sur les différentes formes de persécutions des peuples autochtones à travers le monde. Différents témoins ont pu prendre la parole et dénoncer des situations d’extrêmes violences, de viols, de massacres et de famines, par exemple dans un « camp de résistance » près de Bogota ou encore au Pérou.

Les peuples Saami ont également abordés les tensions entre les systèmes juridiques étatiques et leurs modes de vie. En effet, ils ont parlé de différentes décisions de justice rendues par les tribunaux des pays scandinaves, dont une affaire devant la justice finlandaise qui mettaient en cause certaines pratiques de pêche des Saami. Plusieurs personnes étaient accusées de violer la loi sur la pêche et ont finalement été acquittées. Toutefois, selon eux, la mauvaise question était posée devant le juge. Le problème n’était pas de savoir si les Saami ne respectaient pas la loi finlandaise sur la pêche, mais plutôt de savoir si cette loi est conforme à la Constitution.

Un autre point sensible porte sur l’appropriation culturelle des savoirs autochtones (visée à l’article 31 DNUDPA). Par exemple, les tisseurs du Guatemala ont dénoncé la mercantilisation de leurs savoirs traditionnels, notamment en termes de tissus, vêtements et dessins, par les entreprises, le tourisme et l’Etat. De nombreuses situations sont semblables partout dans le monde (comme en Colombie, au Canada – Fédération des nations amérindiennes souveraines –). Cela implique ainsi une critique majeure de l’Organisation Mondiale de la Propriété intellectuelle puisque cette dernière ne considère pas le savoir collectif, or il s’agit d’un point essentiel pour les peuples autochtones, qui revendiquent ainsi le droit à la connaissance collective. Dans le prolongement de ce défaut, plusieurs organisations autochtones réclament ainsi l’adoption d’une convention spécifique à la propriété intellectuelle des peuples autochtones.

D’autres revendications ont été déclarées, tel que la lutte contre l’impunité des entreprises et des Etats pour leurs actions contre les droits des peuples autochtones. Le droit à l’auto-détermination (articles 3 et 4 DNUDPA), qui n’est pas assuré partout, est grandement défendu car il leurs permet une certaine reconnaissance et autonomie. En effet, allant de pair, il est réclamé que les conseils locaux existants (et futurs) soient davantage pris en compte dans le cadre des systèmes de gouvernance régionaux et étatiques. En effet, ce sont de véritables centres de discussions, de concertations et de prises de décisions quant à l’environnement local et avec les différents acteurs/partenaires.

Ainsi, la volonté générale affirme qu’il ne s’agit pas seulement d’être entendus, mais aussi d’être pro-actifs.

– point 5 (a) : Dialogue avec les peuples autochtones

Cette séance étant dédiée aux membres permanents et organisations autochtones, aucun représentant d’Etat ou de gouvernement n’était présent. L’objectif était d’instaurer un dialogue entre tous ces acteurs, afin que chacun puisse poser ses questions et confier ses remarques tout en ayant des réponses. Néanmoins, cette année, le format hybride de la discussion ainsi que la durée raccourcie de la session ont entamé la fluidité et l’efficience de ce dialogue, bien que toutes et tous ont fait au mieux pour garder les échanges dynamiques.

Ainsi, une nouvelle fois, l’importance des langues autochtones et leurs revitalisations a été soulignée. Les langages procurent fierté, dignité et identité aux peuples autochtones. Cependant, elles sont très peu présentes et représentées dans les services publics étatiques, tels que les établissements scolaires et universitaires ou ceux de santé, privant les peuples autochtones de leurs accès. Cela est pris en compte par les motivations et priorités de l’Instance permanente, d’autant plus que 2022 a marqué le début de la Décennie des Langues Autochtones.

La reconnaissance de leurs lieux sacrés et de leurs liens à la Nature est également essentielle. En ce sens, le phénomène de privation des terres autochtones est dénoncé, ainsi que les problématiques relatives à leurs bien-être, santés et leurs connexions à la biodiversité. Comme un « ancien » l’a formulé : « Si la terre n’est pas saine, comment pouvons-nous l’être ? ». Cela renvoie aux questions du droit à la terre évoqué à de nombreuses reprises par les participants. Sur ce point, l’Instance a conscience que les Nations Unies sont le résultat d’un accord entre Etats, qui eux-mêmes se sont formés sans prendre en considération les populations locales et leurs territoires. C’est pourquoi le travail de cette Instance repose sur l’instauration de fortes coopération et collaboration entre les peuples autochtones et les Etats (cf. article 10 DNUDPA). L’Instance a tenu à rappeler que son travail est le fruit d’un collectif et que leur objectif est la paix avec les peuples autochtones.

Une revendication quant aux situations des communautés autochtones isolées a été manifestée. En effet, ces dernières souffrent doublement de par la discrimination existante et de par leur isolement géographique.

Il peut aussi être noté, tout en rappelant les pressions étatiques que peuvent subir les représentants autochtones en prenant la parole à l’ONU, que certaines organisations autochtones de Russie affirment être satisfaites de leur relation avec leur Etat et de ce qu’il fait pour eux.

Toutefois, il est majoritairement demandé à ce que l’Instance permanente aide les peuples autochtones avec les Etats et ainsi de mieux veiller au respect du droit international.

Photo n°3 : Salle de réunion lors de la 21e session de l’Instance permanente sur les questions autochtones (source : iPhone 11)

Cette semaine fut riche en discussions, en enjeux et en rencontres. Ce fut passionnant et très intense. Avec Madame Cloud, nous avons assisté à la première semaine de séances. Cependant, la semaine suivante était également consacrée aux questions autochtones.

9. A retenir. Plusieurs éléments sont à retenir et à suivre. L’état de fait est préoccupant et les témoignages des peuples autochtones attestent d’importantes discriminations, de fortes violences, de grandes injustices et de violations du droit international des peuples autochtones. Pour cette raison, les participants ont demandé à ce que les réalités que les peuples endurent soient mieux connues. Également, il est souhaité un meilleur suivi des Etats et des entreprises quant à leurs agissements vis-à-vis des peuples autochtones et d’établir une liste de « performance » en adéquation.

10. Meilleures considération et participation. La revendication d’être plus présents, plus considérés avec une plus ample participation aux travaux des organes des Nations Unies est fortement exprimée par les organisations autochtones. Il ne s’agit pas seulement de leur consultation mais d’une réelle prise en compte de leurs systèmes de vie et de fonctionnement. En effet, il a toujours été question que les peuples autochtones s’adaptent au mode de fonctionnement des organisations gouvernementales et internationales, mais il est également important que ces dernières se conforment aux singularités des peuples autochtones. Il est nécessaire que le dialogue avec les peuples autochtones et leurs participations permanentes soient présents à chaque étape de tout processus afin de garantir une collaboration pleine et entière entre les Nations Unies, les Etats et les peuples autochtones.

11. Importance des langages autochtones. Aussi, comme cela a pu être écrit précédemment, les langues autochtones, leurs reconnaissances et leurs revitalisations est un point clé pour les peuples autochtones. Il est alors intéressant de suivre de près le programme de la Décennie des langues autochtones qui se déroule actuellement.

12. Contrastes des discours. Tout au long de la semaine, il a aussi pu être observé d’importants et passionnants jeux de diplomatie au carrefour des relations internationales et de la géopolitique. Certaines tensions et contradictions pouvaient être identifiées et ressenties entre les dires des Etats et ceux des organisations autochtones. En effet, les Etats ont souvent fait un état élogieux de leurs actions en faveur des peuples autochtones, des avancées législatives et concrètes qu’ils ont pu mettre en place. Cependant, ces présentations contrastaient particulièrement avec les réalités de terrain décrites et dénoncées par les peuples autochtones.

13. Possible création d’un comité consultatif de jeunes autochtones. Dernier point dont il faudra suivre les avancées : la possible création d’un comité consultatif des jeunes autochtones. En effet, cette demande a été formulée par un ensemble de jeunes autochtones et semble avoir été bien recueillie par les membres de l’Instance permanente.

14. Conclusion. Ces rencontres internationales sont toujours l’occasion idéale pour faire un point sur les différentes situations à travers le monde et également sur les diverses relations. Rassembler les acteurs dans un même lieu permet d’engager les discussions entre eux et de soulever de nouvelles idées et revendications. Il s’agit d’un terrain adéquat pour faire entendre sa voix et écouter celles des autres. Il existe une réelle synergie, collaboration et entraides entre les peuples autochtones. Au fur et à mesure, il faut espérer que ces dynamiques se créent avec les Etats également.

Sources : 

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